Particularités de l’atteinte respiratoire du patient suspect ou atteint de la maladie COVID-19

 vendredi 6 novembre 2020  |  Novembre 2020  |  1 Commentaires
  Dr Romain Jouffroy

 I- Messages importants

1. L’insuffisance respiratoire aiguë secondaire à l’infection par le SARS-Cov2 ou COVID-19 présente des caractéristiques cliniques et paracliniques

2. La suspicion diagnostique se fait sur un faisceau d’arguments cliniques et paracliniques

3. Une discordance marquée entre le retentissement fonctionnel et la profondeur de l’hypoxémie traduite par des valeurs abaissées de SpO2 et de PaO2 est très évocatrice

4. Dans les formes non d’emblée sévères, il s’agit d’une mono-défaillance respiratoire aigue

5. La maladie thrombo-embolique veineuse a une incidence plus élevée pouvant prêter à confusion dans la prise en charge initiale et à ne pas méconnaître en cas de dyspnée

 II- Particularités cliniques

1. L’expression respiratoire de la maladie COVID-19 reflète l’altération de la perméabilité capillaire et des échanges gazeux

2. A l’inverse de la détresse respiratoire aiguë de la pneumopathie bactérienne aigue et de l’œdème pulmonaire aigu cardiogénique de survenue brutale, l’infection pulmonaire par le SARS-COV2 entraine une hypoxémie d’apparition progressive évoluant sur plusieurs jours

3. Par conséquent, les signes retrouvés au moment de l’examen clinique pré ou intra hospitalier sont discordants

 au niveau fonctionnel : le patient rapporte une toux sèche ou peu productive sans expectorations sales invalidante associée à une dyspnée se majorant à l’effort parfois à l’origine de malaise. Il est également rapporté des douleurs thoraciques diffuses limitant la toux.
 au niveau de l’examen physique du thorax, on observe :

  • à l’inspection : une tachypnée superficielle sans tirage intercostal ni balancement thoraco-abdominal
  • la palpation reproduit et majore les douleurs thoraciques pariétales diffuses
  • la percussion est normale
  • l’auscultation retrouve des fins crépitants le plus souvent de siège basal et postérieur sans foyer systématisé

4. Enfin, la cyanose est rarement retrouvée malgré la profondeur de l’hypoxémie.

5. La fièvre est également très fréquente mais son absence ne suffit pas pour éliminer le diagnostic+++.

 III- Particularités paracliniques

1. L’élément d’orientation le plus évocateur est une diminution de la saturation pulsée en oxygène (SpO2<95%) au repos, majorée par le moindre effort contrastant avec la faible augmentation de la fréquence respiratoire

2. La gazométrie artérielle retrouve
 une hypoxémie (PaO2<80-100mmHg) de profondeur variable et discordante par rapport à l’augmentation de la fréquence respiratoire
 une baisse de la saturation artérielle en oxygène (SaO2<95%)
 une hypocapnie (PaCO2<35-40mmHg) peu profonde dans les formes non sévères d’emblée et associée à une alcalose (pH > 7,40) respiratoire secondaire à l’hyperventilation alvéolaire
 une conservation du base excess (BE ou base deficit (BD)) et une conservation du taux plasmatique de HCO3Na

3. La lactatémie est en général normale dans les formes avec mono-défaillance respiratoire

4. Les signes radiographiques et scanographiques sont très évocateurs

 IV- Références

 1. Heshui Shi, Xiaoyu Han, Nanchuan Jiang, Yukun Cao, Osamah Alwalid, Jin Gu et al. Radiological findings from 81 patients with COVID-19 pneumonia in Wuhan, China : a descriptive study. The Lancet Infectious Disease 2020.
 2. Xu Z, Shi L, Wang Y, Zhang J, Huang L, Zhang C et al. Pathological findings of COVID-19 associated with acute respiratory distress syndrome. Lancet Respir Med. 2020 Feb 18.

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  •  alrabbat , Le 2 avril 2020 à 15:02

    bonjour
    faut il masser un patient civid positif ou suspect en arrêt cardiaque
    j ai lu que la comite urgentiste quebquoise ne recommande pas pas le gest car pourvoyeur des charge virale dans l ’air

     répondre
    •  Dr Romain Jouffroy, Le 2 avril 2020 à 20:30

      Bonsoir,
      Il semble que les manoeuvres de RCP peuvent être à l’origine de la contamination des intervenants.
      En respectant les mesures barrières, le risque de contamination est très faible.
      La question est plus de déterminer quels sont les critères de décision d’entreprendre ou non la réanimation comme en dehors d’une période hors épidémie COVID-19.
      Bien cordialement
      RJ

       répondre