Campus numérique de médecine d'urgence

Congrès S.F.U.M. - Marseille - 21 Avril 1999

samedi 13 mars 2004, par UOL

 1. INTRODUCTION

Depuis quelques années se développent des concepts de prise en charge des victimes psychiques dans les services d’urgences ou par l’intermédiaire d’interventions sur le terrain, via le SAMU. En référence à une doctrine d’intervention, en rapport avec la psychiatrie de guerre et la médecine de catastrophe.

Cependant, cet aspect spectaculaire des choses se retrouve au quotidien pour ce qui concerne la gestion du stress des services d’accueil urgence, que ce soit en France ou ailleurs ; ceci est de ce fait à prendre aussi en compte pour le personnel qui se retrouve impliqué dans des situations à la fois stressantes, déstabilisantes et quelquefois "catastrophiques". A titre personnel, ou individuel, le personnel paramédical, médical ainsi que les patients qui leurs sont confiés peuvent se retrouver en situation d’être traumatisés sur le plan psychologique.

 2. QUELQUES NOTIONS SUR LE STRESS

Le stress peut être considéré comme normal et faisant partie de la vie : c’est une réaction physiologique qui protège l’organisme en le mettant en alerte suite à une agression ou une menace : il y a mobilisation de l’individu pour répondre à cette agression ; le but étant de maintenir l’équilibre interne. Le "bon" stress permet de mobiliser les énergies et est à l’origine de la motivation notamment professionnelle. Dans un S.A.U., un niveau de vigilance élevé entraîne et facilite l’adaptation aux situations difficiles ; le "bon" stress stimule et rend productif. On peut d’ailleurs constater que si la "dose" de stress est faible, l’individu n’étant pas suffisamment stimulé, l’ennui et la fatigue apparaissent.

Il faut noter que le niveau "optimal" de stress est propre à chaque individu.

Le "mauvais" stress signifie quant à lui la détresse ; il trouve ses sources dans tout ce qui est perçu comme négatif par l’homme (conflits, maladie, deuil, agressions psychiques et physiques de tout ordre). Le "mauvais" stress entraîne l’insatisfaction, la frustration puis, par la suite, éventuellement des manifestations anxieuses ou dépressives ; la personne se trouve désorganisée, elle se referme sur elle-même, n’arrive plus à communiquer sinon de façon agressive, elle "somatise" et se retrouve en dysharmonie avec son environnement.

 3. RAPPORT STRESS - BURNING OUT - STRESS TRAUMATIQUE

Actuellement des professionnels de la gestion du personnel nous parlent en tant que maladie professionnelle du "burning out" ; cette pathologie d’épuisement professionnelle est proche de ce que nous retrouvons dans le cas de personnes ayant subi un stress traumatique.

Ce que nous apprend la clinique psychiatrique, c’est que même si l’on peut subir différents burning out et se "récupérer", malheureusement, la répétition de moments difficiles risque de provoquer la mise en place d’une véritable pathologie traumatique psychique. En fait, il existe une très forte corrélation entre la multiplicité de situations stressantes et la mise en place éventuelle d’un syndrome appelé "névrose traumatique" par la nomenclature O.M.S. et française ou PostTraumatic Stress Disorder par la nomenclature anglo-saxonne.

 4. LA PLACE DE LA PSYCHOLOGIE ET DES PSYCHIATRES

Si l’on est de plus en plus habitué à voir des psychiatres exercer leurs talents dans les services d’accueil d’urgence pour la prise en charge des intoxications médicales volontaires, des alcooliques, des agitations ; par contre, il n’est pas habituel de se servir de techniques de soins post-immédiats au bénéfice du personnel, que ce soit en routine, ou suite à un événement traumatisant qui, malheureusement, fait partie de la vie de l’institution, que ce soit dans l’accueil urgence ou en pré-hospitalier pour les S.M.U.R. ou les S.A.M.U.

Ce type de prise en charge qui est appelée communément debriefing et qui se met en place pour la prise en charge des victimes de catastrophe peut tout à fait trouver sa place dans nos services.

 5. NOTIONS A RETENIR

Actuellement des démarches visent à former les équipes d’accueil urgence à différentes techniques d’écoute ; pour la prise en charge de la violence par exemple. Cependant d’un autre côté, et de façon contradictoire, il est demandé de façon tout aussi insistante une recherche d’efficience et de productivité. Peut-on aller dans deux directions opposées ? ; ces exigences de plus en plus fortes, souvent déstabilisantes et frustrantes pour le personnel risquent d’aller à l’encontre de la bonne santé psychique du groupe.

Malheureusement aussi, les techniques de prise en charge du stress par des groupes de parole, des tiers extérieurs sont aussi souvent beaucoup plus déstabilisantes qu’autre chose pour le personnel ; ceci pour des raisons évidentes qui ne sont jamais dites, à savoir qu’il s’agit de démarches imposées et non demandées. De plus, les méthodes utilisées qui se prétendent d’obédience analytique vont à l’encontre d’un apaisement psychologique pour le personnel.

D’autres notions sont aussi à prendre en compte, l’intégration de jeunes professionnels se fait encore souvent sous la forme d’un ’bizutage" ; "tradition" médicale oblige ; plus ou moins informel que par une démarche de compagnonnage. L’encadrement à parfois du mal à se situer entre un rôle de supérieur hiérarchique et un rôle de tutorat qui n’a absolument pas la même valeur symbolique.

En clinique psychiatrique de catastrophe, nous apprenons que les événements de la vie de chacun ainsi que la personnalité ; la fragilité parfois passagère s’entrechoquant avec un traumatisme psychologique majeur créent ou risquent fortement d’ancrer dans l’esprit de la victime une pathologie qu’il sera difficile par la suite à prendre en charge.

 6. CONCLUSIONS

Il est nécessaire de réfléchir à des démarches globales pour la prise en charge de la violence psychologique qui est rencontrée en permanence par le personnel des services d’accueil urgence et de SAMU ; ils ne peuvent s’intégrer que dans des projets de services. En dehors de techniques très précises et à mettre en place par l’intermédiaire de professionnels comme celle du debriefing, il faut travailler dans un sens de stabilisation ou d’apaisement des émotions ; investir dans la valorisation et l’encouragement plus que dans des formations déstabilisantes ou incongrues.

Enfin, peut être la notion la plus importante à retenir, l’approche psychologique passe par des professionnels du terrain et non par des formateurs de quelques formations qu’ils soient à titre personnel ; ne prenons pas la plus mauvaise part de la "psychologisation" de notre société française ; qui est source de déstabilisation et de souffrance alors que nous sommes à la recherche de solutions pour mieux gérer notre quotidien en professionnel.

jeudi 25 mars 1999, Dr. Ronan ORIO - NANTES

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