Campus numérique de médecine d'urgence

dimanche 27 mars 2011, par Jean-François Marsan

Synthèse de la surveillance environnementale n°4

Synthèse des résultats des mesures de radioactivité dans le cadre de la surveillance de l’impact à très longue distance des rejets de l’accident de Fukushima

(27 mars 2011 - 15h00)

Dans le cadre du dispositif de surveillance de l’impact à très longue distance des rejets radioactifs de l’accident de Fukushima, l’IRSN présente une synthèse des résultats des mesures de radioactivité qu’il effectue en France métropolitaine et en outremer. Le dispositif de surveillance en place est présenté dans les cartes en annexe. Cette synthèse sera actualisée régulièrement en fonction des nouveaux résultats obtenus.

La détection d’iode 131 sur un prélèvement de particules atmosphériques effectué le 24 mars au sommet du Puy de Dôme, a été communiquée dans le bulletin n°3 du 26 mars. Cette première mesure est confirmée par une seconde détection d’iode 131 en région parisienne (Orsay, 91), sur un prélèvement de particules atmosphériques effectué le 25 mars. Ces concentrations d’iode correspondent à un niveau de trace dans l’atmosphère et ne représentent aucun danger environnemental ou sanitaire. L’IRSN est en train d’analyser des prélèvements d’iode 131 sous forme gazeuse ; les résultats acquis jusqu’à présent sont en dessous des limites de détection des appareils de mesure.

* * *

La présente synthèse commente les derniers résultats acquis par l’IRSN à ce jour sur les mesures et prélèvements effectués dans le cadre de son plan de surveillance. Une information est également donnée sur les résultats publiés dans d’autres pays, notamment en Europe du Nord.

 1. SYNTHESE DES RESULTATS DE MESURE EN FRANCE (METROPOLE ET OUTREMER)

1.1. Surveillance en temps réel de la radioactivité ambiante

Le réseau Téléray est constitué de 170 sondes fixes (dont 7 en outremer) qui mesurent en permanence l’intensité du rayonnement gamma ambiant, exprimée en débit de dose (en nanosievert par heure – nSv/h). Ces mesures sont transmises en temps réel au centre de supervision de l’IRSN au Vésinet (78).

Au cours des 25 et 26 mars, aucune élévation anormale de la radioactivité gamma ambiante n’a été détectée sur l’ensemble des sondes du réseau Téléray de l’IRSN (Métropole et DROM-COM).

La figure suivante synthétise par région les valeurs mesurées par ce réseau le 26 mars et les compare aux valeurs moyennes observées sur le dernier mois. Le débit de dose mesuré, qui peut varier d’un lieu à l’autre, correspond au rayonnement émis par les éléments radioactifs naturels présents dans l’air ou dans le sol ainsi qu’au rayonnement cosmique traversant l’atmosphère. En un lieu donné, le rayonnement mesuré peut également fluctuer au cours du temps en fonction des variations de concentration des éléments radioactifs naturels dans l’air, qui dépend des conditions météorologiques du moment. Ces variations temporelles sont normales et constituent le « bruit de fond » de la radioactivité naturelle.

Pour consulter les mesures en temps réel ainsi que les chroniques des jours précédents : www.irsn.fr

1.2. Surveillance par prélèvements pour mesure en laboratoire

Un plan de surveillance environnementale spécifique a été mis en place en France (métropole et outremer) pour détecter et caractériser la présence d’éléments radioactifs rejetés lors de l’accident de la centrale de Fukushima. Ce plan s’inscrit dans le cadre de la mission permanente de l’IRSN de surveillance de la radioactivité du territoire national (23 000 prélèvements analysés par an).

Il a pour objectif de confirmer et de quantifier la présence attendue dans l’air d’éléments radioactifs sous forme de particules en suspension (aérosols) et d’iode radioactif (iode 131 notamment), ainsi que de suivre leur devenir dans l’environnement et leur impact éventuel sur la chaîne alimentaire (végétaux à feuilles et lait). Compte tenu des caractéristiques de la dispersion à très longue distance des polluants radioactifs rejetés lors de l’accident de Fukushima, les concentrations dans l’air devraient être extrêmement faibles et relativement homogènes à l’échelle du pays. Les zones et les types de prélèvements sélectionnés par l’IRSN (voir les cartes de l’annexe 1) permettent de disposer d’une représentation de la situation générale en France (métropole et outremer).

Pour ce plan, les modalités de prélèvements d’échantillons collectés dans l’environnement (aérosols, eaux de pluie, végétaux à feuilles et lait) et de mesure ont été adaptées afin d’être en capacité de détecter les concentrations très faibles susceptibles d’atteindre l’ensemble du territoire français (métropole et DROM-COM). Ces prélèvements et ces mesures sont réalisés par les propres moyens de l’IRSN, qui dispose de laboratoires spécialisés en métropole et en Polynésie. L’Institut s’appuie également sur des correspondants locaux des services déconcentrés de l’Etat en métropole et dans les DROM, pour lui fournir certains échantillons à mesurer.

Les analyses réalisées à ce jour (27 mars matin) sur les prélèvements les plus récents effectués par l’IRSN indiquent que :

- des traces d’iode 131 (0,060 à 0,067 mBq/m3) ont été mesurées sur des prélèvements de particules atmosphériques réalisés entre le 24 et 25 mars par la station de l’IRSN installée à Cherbourg-Octeville (Manche) et entre le 25 et 26 mars par la station de l’IRSN installée à Orsay (Essonne). Elles confirment la présence en France d’éléments radioactifs rejetés lors de l’accident de la centrale de Fukushima. Cette valeur est plus faible que celles observées le 23 mars en Europe du Nord (quelques dixièmes de mBq./m3 – voir ci-dessous). Les autres radionucléides présents dans les rejets de l’accident de Fukushima, notamment le césium 137, n’ont pas été détectés dans les prélèvements de particules atmosphériques car leur concentration dans l’air reste encore inférieure aux limites de détection des appareils de mesure utilisés ;

- tous les résultats de mesure des prélèvements de particules atmosphériques effectués sur les autres stations de l’IRSN sont inférieurs aux limites de détection des appareils de mesure utilisés ;

- un échantillon de mousse prélevé à Saint Pierre et Miquelon le 18 mars et des échantillons de lait prélevés à Pelussin (42), Marcouria (Guyane) et Taravao (Tahiti) présentent des traces de césium 137 correspondant à des niveaux souvent observés dans ce type de produit. Ces traces résultent en effet de la persistance dans les sols et dans les végétaux de césium 137 déposé à la suite des essais nucléaires en atmosphère et de l’accident de Tchernobyl en 1986.

La présence d’iode 131 en trace dans l’air, mesurée sous forme particulaire au sommet du Puy de Dôme le 24 mars, à Cherbourg-Octeville du 24 au 25 mars et à Orsay du 25 au 26 mars, est cohérente avec les prévisions effectuées par l’IRSN avec l’aide de Météo France, notamment en délai et en ordre de grandeur des concentrations dans l’air. Afin de détecter la présence d’iode radioactif sous forme gazeuse, l’IRSN effectue également des prélèvements d’air à l’aide de dispositifs spécifiques (cartouches de piégeage à charbon actif mises en oeuvre sur 8 stations). Les mesures effectuées jusqu’à présent sur les cartouches recueillies par l’IRSN n’ont pas encore détecté d’iode radioactif ; les mesures de ces cartouches se poursuivent afin d’atteindre une limite de détection suffisamment basse pour permettre de détecter la présence éventuelle d’iode 131 sous forme gazeuse. L’IRSN estime que les concentrations en iode 131 sous forme gazeuse pourrait être environ 4 fois plus importante que celles de l’iode sous forme particulaire ; ainsi, les concentrations dans l’air en iode 131 sous toutes ses formes physico-chimique pourraient être d’environ 0,3 mBq/m3. Les mesures à venir permettront de préciser cette estimation. Ces traces d’éléments radioactifs sont sans danger pour l’environnement et la santé.

Les derniers résultats des mesures réalisées par l’Institut sont présentés en annexe 2.

  2. RESULTATS DE MESURE PUBLIES DANS D’AUTRES PAYS

Des résultats de mesure ont été publiés aux États-Unis par l’agence de protection de l’environnement (EPA - http://www.epa.gov/japan2011/). Ils mettent en évidence de faibles traces de produits radioactifs rejetés lors de l’accident de Fukushima, détectés sur des filtres de prélèvements de poussières atmosphérique en Californie (San-Francisco, Riverside, Anaheim) et dans l’état de Washington (Seattle) sur la côte ouest. Les radionucléides identifiés sont l’iode 131, le tellure 132, l’iode 132 et le césium 137. Les concentrations mesurées le 18 mars pour ces éléments sont de quelques dixièmes de mBq/m3 ou plus faibles.

En Scandinavie, de l’iode 131 a été mesuré dans l’air à Stockholm, Umeå et Kiruna (Suède), à une concentration inférieure à 0,30 mBq/m3, ainsi qu’en Finlande (moins de 1 mBq/m3) et en Allemagne (0,33 mBq/m3 pour l’ensemble des radionucléides artificiels détectés), pour des prélèvements effectués entre le 22 et le 23 mars. Aux Pays-Bas, de l’iode a également été détecté dans l’air à une concentration de 0,17 mBq/m3.

Ces résultats sont cohérents, en termes de date et d’ordre de grandeur, avec les prévisions effectuées par Météo France à l’échelle mondiale, en collaboration avec l’IRSN. Ils confirment en particulier qu’en Europe, les éléments radioactifs dispersés sont arrivés par le Nord, comme le prévoyait la modélisation de Météo France.

Annexe 1 :

Plan général de la surveillance radiologique de l’environnement français en métropole et dans les DROM-COM pour surveiller l’impact des rejets de l’accident de Fukushima

Détail du plan de surveillance radiologique de l’environnement français en métropole (compartiment terrestre) pour surveiller l’impact des rejets de l’accident de Fukushima

Détail du plan de surveillance radiologique de l’environnement français en métropole (compartiment atmosphérique)

Annexe 2 :

Résultats de mesure obtenus par l’IRSN dans le cadre du plan spécifique de surveillance de l’impact en France des rejets de l’accident de Fukushima

Ce tableau est consultable dans document complet à télécharger ci-dessous

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