Campus numérique de médecine d'urgence

mardi 22 mars 2011, par Jean-François Marsan

 1 - La surveillance de la radioactivité de l’air en France

Depuis le 12 mars 2011, le panache radioactif qui résulte des rejets des réacteurs nucléaires accidentés de la centrale de Fukushima se déplace, tout en se diluant, dans les courants atmosphériques de l’hémisphère nord. L’IRSN dispose d’une modélisation de cette dispersion, réalisée en collaboration avec Météo France, qui lui permet de suivre et d’anticiper ce déplacement (cf. ci-dessous).

Selon cette modélisation, le panache a recouvert dans la journée du vendredi 18 mars 2011 la plus grande partie de l’Amérique du Nord et le nord-est de la Sibérie. Il est passé ensuite sur l’Atlantique Nord et pourrait atteindre la France métropolitaine le 23 ou 24 mars 2011.

Les concentrations attendues de césium 137 dans l’air sur les territoires balayés par le panache sont extrêmement faibles. Ce radionucléide est représentatif des matières radioactives rejetées à longue distance lors d’un accident nucléaire.

Ces concentrations seront d’un niveau trop faible pour être détectées par les 170 balises d’alerte du réseau Téléray de l’IRSN, dont les mesures sont également consultables sur le site internet de l’IRSN.

Accéder aux cartes des résultats de mesure de la radioactivité de l’air :

- en France métropolitaine

- à Saint-Pierre-et-Miquelon

- à Tahiti

- en Guyane

- en Guadeloupe

- en Martinique

- à La Réunion

- en Nouvelle-Calédonie

L’IRSN partage l’avis de l’Agence de l’Environnement des Etats-Unis (EPA), qui estime que ces concentrations seront sans conséquence sanitaire et environnementale. De plus, elles seront si minimes qu’elles ne pourront sans doute être détectées dans l’environnement que par des mesures d’échantillons effectuées dans des laboratoires spécialisés.

L’IRSN dispose de ce type de laboratoires en métropole (ainsi qu’à Tahiti, situé dans l’hémisphère sud et donc hors du flux principal de ce panache). L’Institut publiera les résultats d’analyse dès que disponible, c’est-à-dire plusieurs jours après le passage du panache. S’agissant de Saint-Pierre-et-Miquelon ou des Antilles, les résultats des données analysées aux Etats-Unis sont considérées comme représentatifs de la situation sur ces territoires.

 2 - Modélisation de la dispersion des rejets radioactifs dans l’atmosphère à l’échelle mondiale

Mise à jour du 22 mars 2011

A partir des rejets estimés par l’IRSN, Météo France a simulé la dispersion des rejets radioactifs à très grande distance, projetée jusqu’au 26 mars.

Carte 1

Visionner la simulation

Selon cette simulation, le panache radioactif aurait atteint les Etats-Unis dès le 16 ou 17 mars. Cette prévision est cohérente avec l’observation, rapportée sur le site internet de l’Agence de Protection de l’Environnement (US-EPA), de traces d’iode et de césium radioactifs mesurée dans l’air le 18 mars à Sacramento en Californie. Les valeurs mesurées étaient de 0,165 mBq/m3 pour l’iode 131, de 0,03 mBq/m3 pour l’iode 132 et de 0,002 mBq/m3 pour le césium 137.

Les polluants radioactifs dispersés dans l’air ont atteint ensuite les Antilles françaises à partir du 21 mars et Saint-Pierre-et-Miquelon à partir du 23 mars. Les niveaux de concentration des radionucléides dans l’air, estimée inférieures à 1 mBq/m3, sont extrêmement faibles et ne peuvent pas être détecté par les balises de mesures en continue du rayonnement ambiant (Téléray) installées à Point-à-Pitre, à Fort-de-France, à Cayenne et à Saint-Pierre-et-Miquelon. D’ailleurs, l’EPA qui dispose d’un réseau d’alerte comparable à Téléray (réseau Radnet) ne signale actuellement aucune radioactivité anormale sur le territoire américain. L’IRSN devrait prochainement recevoir des échantillons d’eau de pluie et de végétaux prélevés dans les Antilles, en Guyane et Saint-Pierre-et-Miquelon.

L’Europe a pu à son tour être touchée à partir du 22 ou du 23 mars. En France, c’est surtout à partir du 24 mars que des traces de particules radioactives pourraient être présentes dans l’air, à des niveaux très faibles qui devraient être de l’ordre du mBq/m3 au maximum. Ces très faibles concentrations, qui pourraient durer plusieurs jours voire plusieurs semaines (en l’absence de rejets importants nouveaux venant de la centrale de Fukushima), ne seront pas détectées par le réseau Téléray (163 balises en France métropolitaine) et seront difficilement détectables par les moyens de surveillance usuels. Il est probable que seules les mesures des échantillons de poussières atmosphériques recueillies par les stations de prélèvement d’air à très grand débit de l’IRSN, effectuées à l’aide de techniques d’analyse permettant d’atteindre des limites de détection très basses, devraient permettre une quantification des substances radioactives de l’air émises lors de l’accident de Fukushima. Ces prélèvements et ces analyses nécessiteront plusieurs jours avant que les premiers résultats soient disponibles. Ceux-ci permettront de vérifier les prévisions effectuées par modélisation.

Comme attendu, l’hémisphère sud n’est pas significativement affecté par cette dispersion à grande échelle.

Les niveaux de concentration dans l’air attendus en Amérique et en Europe sont trop faibles pour présenter un risque pour la santé et l’environnement, même s’ils devaient se poursuivre sur plusieurs mois.

A titre de comparaison, les valeurs mesurées au cours des jours suivant l’accident de Tchernobyl dépassaient 100 000 Bq/m3 dans les premiers kilomètres autour de la centrale ; elles étaient de l’ordre de 100 à 1000 Bq/m3 dans les pays les plus touchés par le panache radioactif (Ukraine, Biélorussie) ; en France, les valeurs mesurées dans l’Est étaient de l’ordre de 1 à 10 Bq/m3 (le 1er mai 1986). Aujourd’hui, une très faible activité de césium 137 subsiste dans l’air, de l’ordre de 0,000001 Bq/m3.

Pour estimer ces niveaux de contamination de l’air, l’IRSN a dû au préalable évaluer la quantité de radioactivité qui a pu être rejetée du 12 au 22 mars 2011 par les trois réacteurs accidentés.


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