Campus numérique de médecine d'urgence

lundi 28 mars 2011, par Jean-François Marsan

Communiqué de presse n°21 du 28 mars 2011 à 10h30

L’ASN fait le point sur la situation de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, les conséquences au Japon et la situation en France.

 I. Situation de la centrale de Fukushima

La situation reste précaire. De nouvelles défaillances de matériels ne sont pas à exclure et les mesures publiées au cours du week-end des 26 et 27 mars confirment un état très fortement dégradé des réacteurs 2 et 3, avec un endommagement des trois barrières de confinement :

- l’eau présente dans le hall des turbines a fait l’objet d’une analyse qui montre une très forte contamination, conduisant à un débit d’équivalent de dose de 1000 mSv par heure pour le réacteur n°2 et 750mSv par heure pour le réacteur n°3. Pour rappel, la limite annuelle de dose pour les travailleurs en situation d’accident nucléaire au Japon a été relevée à 250mSv par an. Ces niveaux de dose rendent très difficile toute intervention humaine dans cette partie du bâtiment. Des opérations de pompage de l’eau fortement contaminée seraient en cours ;

- ces analyses, associées aux valeurs de pression mesurées dans les cuves semblent permettre de conclure à la perte d’étanchéité des cuves 2 et 3 ou de leurs circuits de connexion ;

- les relevés de pression au sein des enceintes semblent permettre de conclure, pour les réacteurs 2 et 3, à une perte d’étanchéité de l’enceinte métallique ;

- les combustibles contenus dans la cuve ont été endommagés à la suite des fortes montées en températures consécutives au séisme et aux accidents successifs.

Les données actuellement disponibles ne permettent pas de confirmer l’intégrité des cuve et enceinte du réacteur n°1, dont le combustible a été fortement dégradé.

Les progrès techniques constatés ces derniers jours sont :

- l’ensemble des 6 bâtiments réacteurs sont connectés au réseau et les vérifications des matériels préalables à leur raccordement se poursuivent ;

- les 6 piscines dans lesquelles est entreposé du combustible sont désormais refroidies et ne présentent pas de risque immédiat d’ébullition ;

- les cuves des réacteurs 1, 2 et 3 sont refroidies par injection d’eau douce. Le fait de ne plus recourir à de l’eau de mer pour le refroidissement permet de réduire sans le supprimer le risque de dépôt de sel en fond de cuve. L’eau douce a été apportée par une barge depuis la région de Tokyo ;

- les réacteurs 5 et 6 continuent à être refroidis normalement.

Le pronostic d’évolution des réacteurs n°1 à 3 devrait rester très incertain pendant les prochaines semaines.

 II. Conséquences radiologiques de l’accident

a. Conditions de travail sur le site et situation aux alentours de la centrale

Les débits d’équivalent de doses relevées sur le site de la centrale restent élevés mais montrent une grande variabilité. Les conditions de travail des travailleurs sur le site restent très difficiles. Deux travailleurs ont dû être pris en charge à la suite de lésions cutanées aux jambes après un contact avec de l’eau contaminée dans le hall des turbines du réacteur n°2.

Des nouvelles mesures réalisées en mer indiquent que la contamination du milieu marin est importante et en augmentation. Le 26 mars, la radioactivité de l’eau prélevée à 300 mètres au large de la centrale de Fukushima était environ 1850 fois supérieure à la valeur relevée en temps normal.

Au Japon, les rejets provenant de la centrale de Fukushima Daiichi ont entraîné des dépôts de radioactivité au sol et sur les végétaux, y compris au-delà de la zone d’évacuation (20 km) et de mise à l’abri (30 km). Ces dépôts conduisent à dépasser dans certains cas les valeurs admissibles pour les denrées alimentaires définies par la réglementation japonaise.

b. Situation dans la région de Tokyo

Les mesures disponibles dans la région de Tokyo réalisées par les autorités japonaises et par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ne montrent pas d’évolution significative et demeurent faibles. Des valeurs de contamination surfacique, relevées dans un quartier de Tokyo, ont sensiblement augmenté du fait de la pluie le 22 mars et restent à présent stables.

 III. Les conséquences en France

a. Les masses d’air en France

La radioactivité émise par la centrale de Fukushima au Japon s’est répandue et s’est diluée dans la plus grande partie de l’hémisphère Nord.

L’appui technique de l’ASN, l’IRSN, procède à l’analyse de prélèvements dans l’environnement en France métropolitaine (notamment dans des eaux de pluie, de l’herbe, différents types de laits). Conformément aux prévisions, des résultats publiés par l’Institut montrent la présence d’iode radioactive à des niveaux très faibles. Ces valeurs sont sans impact sanitaire pour les populations ou l’environnement.

Comme anticipé, la radioactivité des masses d’air est actuellement trop faible pour être détectée par les balises radiamétriques Téléray, tant en métropole qu’outre-mer. Des analyses complémentaires sont réalisées pour quantifier la présence de substances radioactives dans l’atmosphère sous forme gazeuse ou particulaire.

Les résultats des mesures dans les pays étrangers confirment que ces masses d’air sont sans aucune conséquence sur la santé des personnes.

Aucune mesure de précaution particulière n’est à prendre pour le public ou les personnes fragiles tant en France métropolitaine que dans les départements et territoires d’outre mer.

Afin de répondre aux questions du public sur les enjeux sanitaires et la circulation des masses d’air, l’ASN a ouvert une rubrique Questions fréquentes sur son site www.asn.fr. Elle a également mis en place un centre d’information accessible de 8 h - 22 h au 08 05 33 34 35 (appel non surtaxé depuis une ligne fixe).

b. Qualité radiologique des denrées en provenance du Japon

Denrées alimentaires

Les importations de denrées alimentaires en provenance du Japon sont d’ordinaire très limitées. Certains systèmes de production autour de la zone de Fukushima ont été détruits par le séisme et le tsunami. Les flux d’importation de denrées animales et végétales (fruits, légumes) sont interrompus.

Un règlement européen[1] a été publié au Journal officiel des communautés européennes le 26 mars 2011 pour imposer des conditions particulières pour l’importation de produits alimentaires et pour l’alimentation animale en provenance du Japon, en prévoyant des contrôles systématiques au départ pour vérifier le respect des normes admissibles en césium 134 et 137 et de l’iode 131 et un contrôle par échantillonnage à l’arrivée.

En France, les services des douanes et les services en charge du contrôle de la qualité des denrées se préparent à la mise en application de ce règlement et ont mis en place un système de contrôle aux frontières. Les césiums et l’iode-131 seront systématiquement recherchés.

Importations non-alimentaires

En l’état actuel des connaissances, le niveau de contamination des produits non alimentaires en provenance du Japon devrait être nul ou très limité. Des démarches sont entreprises pour que les contrôles de contamination puissent être réalisés sur les marchandises au départ du Japon.

Dans l’attente de mesures harmonisées à l’échelle européenne, les autorités françaises ont demandé aux compagnies aériennes desservant la France depuis le Japon de contrôler la radioactivité du fret entrant en France par voie aérienne. Des mesures du même type sont à l’étude pour le fret maritime.

Les contrôles complémentaires sur le contenu des colis relèvent de la responsabilité des destinataires de ces colis.

 IV. La réponse de l’ASN au courrier adressé par le Premier Ministre

Le Premier Ministre avait demandé à l’ASN de réaliser une étude complémentaire de la sûreté des installations nucléaires françaises au regard de l’accident de la centrale japonaise de Fukushima. L’ASN, par courrier du 25 mars 2011, a confirmé son accord pour prendre en charge cette démarche qui trouve sa place dans le cadre plus global du retour d’expérience que l’ASN va organiser à la suite de l’accident de Fukushima.

- Lire le courrier du Président de l’ASN en réponse à la lettre du Premier Ministre, en cliquant ci-dessous

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(1) Le règlement est disponible à l’adresse : http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=OJ:L:2011:080:0005:0008:FR:PDF

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