Dissection de l’aorte

lundi 9 mai 2005, Auteur(s): Dr Eric VANTALON, Dr Michel NAHON, Dr Pierre MIRAT

 Introduction

Peu fréquente (moins de 2 % des urgences cardiovasculaires préhospitalières), la dissection aortique est une urgence vitale, l’évolution sans traitement se fait vers la rupture. La majorité des décès surviennent dans les 12-24 heures. La survie à cinq ans est de l’ordre de 20 à 40% toutes formes confondues.

 Mise en condition initiale

  • déshabiller le patient, puis réchauffer passivement
  • décubitus dorsal (position 1/2 assise si tamponnade)
  • repos strict,
  • 2 voies veineuses,
  • monitorage de la pression artérielle (au mieux : pression sanglante)
  • scope, SpO2
  • oxygénothérapie à adapter à la SpO2
  • installation éventuelle du pantalon antichoc, non gonflé.

 DIAGNOSTIC

Interrogatoire du patient ou de l’entourage

Chez le sujet agé :

  • HTA, facteurs de risque cardiovasculaire
  • chirurgie cardiaque ou vasculaire
  • cathétérisme

Chez le sujet jeune :

  • Malformations congénitales, coarctation de l’Ao, RA congénital
  • Maladie aortique annulo-ectasiante (Marfan, Ehlers-Danlos, connectivite…)
  • Traumatisme thoracique
  • Grossesse au troisième trimestre.

Signes cliniques

  • Douleur thoracique brutale d’emblée maximale, parfois syncopale, vagale. Classiquement migratrice, initialement de siège thoracique haut évoluant secondairement vers la région dorsale puis lombaire et abdominale.
  • La douleur peut être à point de départ interscapulaire, abdominale, lombaire.
  • HTA, tachycardie
  • Parfois hypotension avec syncope
  • Asymétrie des pouls, de la pression artérielle (> 20 mm Hg)
  • Élargissement de la différentielle
  • Ischémie aiguë de membre
  • Souffle d’insuffisance aortique, artériel
  • Frottement péricardique
  • Dyspnée d’apparition brutale, polypnée
  • Accident neurologique, hémiplégie, paraplégie

Bilan paraclinique

Bilan de routine

  • ECG : Normal, troubles diffus de la repolarisation sans systématisation sauf en cas de dissection étendue aux coronaires (IVA, CD). HVG électrique,Tachycardie.

Bilan spécifique

  • Prélèvement pour Groupe sanguin, rhésus,
  • Microhématocrite ou Hémocue

 Signes de gravité

  • Délai écoulé avant le traitement
  • Cardiovasculaires :
  • Souffle diastolique d’apparition récente signe d’IA aiguë.
  • Collapsus, Choc hémorragique et/ou cardiogénique,
  • Tamponnade
  • Dissection coronaire avec tableau d’IDM (ECG+++)).
  • Ischémie aiguë de membre.
  • Neurologiques :
  • Paresthésie, mono ou paraplégie,
  • Troubles de la conscience (de l’obnubilation au coma).
  • Viscéraux :
  • Infarctus mésentérique
  • Ins. rénale aiguë
  • Respiratoires :
  • Dyspnée, polypnée.
  • L’examen clinique doit être répété.

 Diagnostics différentiels

  • Sd coronaire, embolie pulmonaire, tamponnade, autres douleurs thoraciques
  • Infarctus du mésentère, coliques néphrétiques, autres syndromes douloureux abdominaux

 TRAITEMENT

Thérapeutique symptomatique

  • Oxygénothérapie adaptée à la SpO2
  • Réchauffement
  • Antalgiques majeurs : Morphine titrée
  • Eventuelle anxyolyse

Thérapeutique spécifique

  • Anticoagulants, Antiagrégants et fibrinolytiques sont formellement contre-indiqués.
  • L’intubation et la ventilation mécanique doivent être pratiquées la main forçée.
  • L’entretien de la sédation ne doit pas faire appel aux curares (la baisse du tonus musculaire majore la dissection !).
  • En cas d’HTA, l’urgence est au contrôle de la pression artérielle : Le but est d’obtenir une PAS maximale à 100-120 mmHg.
  • Esmolol (Brevibloc®) : dose de charge : 500 mcg/kg en une minute ; dose d’entretien : 50-200 mcg/kg/h IVSE à adapter en fonction de la tolérance hémodynamique ; (effet vasodilatateur et inotrope -)

ou

  • Nicardipine (Loxen®) : 1 mg IVD/3min jusqu’à obtention de la pression désirée puis relai IVSE à 2 mg/h à augmenter par palier de 1 mg/h toute les 15 min en fonction de la tolérance hémodynamique.
  • En cas de choc, contrôler la PAS entre 80 et 100 mmHg.
  • Le Pantalon antichoc est posé de manière systématique, non gonflè. Son utilisation est difficile, bénéfique en cas de dissection abdominale mais délétère en cas de dissection thoracique.

 Surveillance

  • Pression artérielle, fréquence cardiaque, scope, signes de choc
  • Fréquence respiratoire, SpO2.
  • Conscience, Glasgow, examens neurologiques rapprochés.

 Critères de transport non médicalisé

  • aucun

 Critères d’admission en milieu chirurgical spécialisé

  • dans tous les cas, toute suspicion de dissection aortique doit profiter d’une surveillance réanimatoire en milieu cardio-vasculaire chirurgical.

 Stratégie d’orientation hospitalière

 Références

  • Diagnosis and management of aortic dissection. Recommendations of the Task Force on Aortic Dissection, European Society of Cardiology. R. Erbel et coll. Eur Heart J, 2001 ; 22, issue 18
  • Poussée hypertensive de l’adulte : élévation tensionnelle sans souffrance viscérale immédiate et urgences hypertensives. Recommandations - AFSSAPS - Juin 2002
  • Chirurgie des dissections aortiques ; Actualités de chirurgie vasculaire ; Kieffer, Fabiani, 2002.
  • Coady, Rizzo, Hammond, J Thorac Cardiovasc Surg, 1997 ; 113 : 476-491.
  • Hagan, Nienaber, Isselbacher ; IRAD ; JAMA 2000 ; 283 : 897-903.
  • Vacheron A., Le Feuvre C., Di Matteo J., Cardiologie, 3ème édition Mars 1999, Expansion Scientifique publications.
  • Braunwald E., Heart disease : a textbook of cardiovascular medicine. 5ème édition 1997, Editions W.B. Saunders, Philadelphie.

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